20h16
En rangeant papiers et livres sur mon bureau, je suis tombé sur « le mythe de l’identité » de Boumard, Lapassade et Lobrot. Et je me suis replongé dedans, relisant les passages que j’avais relevés. A la sortie de cette lecture je me demande en quoi la dissociation peut intervenir dans le processus du Don. Ce que je veux dire, c’est quel part de nous-mêmes s’exprime dans le donner, dans le recevoir et dans le rendre. J’imagine qu’en fonction du contexte et des individus, cela change. Et en situation éducative, que se passe-t-il ?
Il y a un passage qui m’a ramené à la gratuité du Don, à une interrogation. « Ce jeu organisé, qui s’appuie sur un ordre normatif, trouve évidemment son apothéose dans les jeux intellectuels, jeux de société, etc., lesquels n’ont plus rien à voir avec le caractère gratuit du jeu, qui n’a, dans la conscience de celui qui s’y livre, d’autre but que le plaisir qu’il procure. » (p. 61) Je ne peux m’empêcher de faire un rapprochement avec un regard commun actuel sur le don. Des échanges que je peux avoir, chaque fois que je fais allusion au don, il m’est retourné une idée de gratuité, de désintéressement alors que le don, dans son processus ancien et que je qualifierai d’initial, sous-entend toujours retour, même s’il n’y a pas d’intérêt dans le sens marchand du terme. Par contre, s’il n’y a pas intérêt, je pense qu’il y a utilité. Alors, je trouve ce parallèle intéressant. D’un côté on pose l’individu comme généreux, pensant aux autres au travers d’un acte que l’on a transformé symboliquement en geste gratuit et altruiste alors qu’il n’en ait généralement rien (ou du moins que c’est extrêmement rare à mon avis) et de l’autre le « jeu gratuit » que je perçois comme un fondement éducatif (apprendre par le jeu, le ludique n’est-il pas le 1er des apprentissages du petit enfant ?) est étouffé au profit du jeu intéressé.
Cette phrase « nous n’arrêtons pas de donner la vie » (p. 151) m’interpelle. Cela me pose la question de ce qu’est “la vie” et de ce qu’est “donner la vie”. Mais aussi de “qu’est-ce qui vit”. Vivre n’est-il que du domaine du vivant ou cela peut-il être du domaine du symbolique ? Si c’est aussi du domaine du symbolique, alors je pense que oui, nous ne cessons de donner la vie. Mais alors, qu’est-ce qui est rendu de ces vies données ? Quand, quoi, par qui, comment ? Et donne-t-on la vie en éducation ? Cet objet de savoir, le fait-on naître différemment à chaque promotion ? Nait-il différemment en fonction de chaque individu, de chaque receveur ?
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